BULLETIN D’INFORMATION POUR LES DROITS ET LIBERTÉS EN TURQUIE N° 3 MAI-JUIN 2017

BULLETIN D’INFORMATION POUR LES DROITS ET LIBERTÉS EN TURQUIE N° 3 MAI-JUIN 2017

Nous sommes très inquiets de la direction que le parti au pouvoir l’AKP et le président de la république ont décidé de prendre pour un changement de régime en Turquie. Nous allons tout droit vers une dictature institutionnalisée.
En effet, le oui l’a remporté dans le récent referendum sur le changement constitutionnel. A partir de 2019, un nouveau régime ou aucun contre-pouvoir effectif n’existe contre un président qui peut nommer les ministres, dissoudre l’assemblée, nommer les juges, les hauts fonctionnaires, les présidents d’université, déclarer l’état d’urgence et gouverner par des décrets…
Nous vivons déjà en partie dans ce régime en Turquie.
Depuis juillet 2015, juste après son échec aux élections législatives à l’issu desquelles le AKP a perdu la majorité absolue au parlement pour la première fois de son histoire, une répression violente a frappé les régions kurdes de Turquie et le parti HDP, la raison principale de cette défaite électorale de l’AKP. Des villes entières furent rasées, des centaines de civils furent tués, des centaines de milliers de personnes furent déplacées. Les maires et élus kurdes furent destitués de leurs fonctions et remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement. Les co-présidents du parti HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag ainsi qu’onze autres députés sont toujours incarcérés en attente de leur procès, de manière totalement anticonstitutionnelle.
Depuis juillet 2016 où une tentative de coup d’Etat concoctée par la confrérie Gülen, anciens alliés de Recep Tayyip Erdogan, a échoué, la Turquie entière est gouvernée par des décrets loi. Erdogan avait qualifié cette tentative de grâce de Dieu qui lui permettra de « nettoyer » le pays. Depuis, plus de 100000 fonctionnaires ont perdu leur travail. Ce sont surtout des enseignants et universitaires progressistes, syndicalistes, de gauche, qui ont en fait les frais. Les universitaires signataires d’une pétition dénonçant les exactions du gouvernement dans le Kurdistan de Turquie sont ciblés depuis par le pouvoir. Beaucoup ont dû quitter le pays pour survivre aux menaces, d’autres sont engagés dans des batailles juridiques complexes afin de regagner leur place.
D’autres encore, à l’image de Nuriye Gülmen et de Semih Özakça, respectivement universitaire et instituteur, ont décidé de commencer une grève de la faim qui a atteint le 73ème jour aujourd’hui. Leur état de santé est critique.
158 journalistes sont en détention aujourd’hui en Turquie et 123 activement recherchés par les autorités. La main mise et le contrôle des médias a atteint depuis longtemps un niveau inacceptable en Turquie. Le peu de média d’opposition qui reste en activité après les fermetures massives par décrets loi, subissent des pressions considérables, leurs dirigeants sont emprisonnés, leurs journalistes poursuivis. Ahmet Sik, journaliste d’investigation qui a révélé il y a 6 ans que la confrérie Gulen avait infiltré la police et la justice en Turquie de manière alarmante, et qui a fait de la prison à cette époque, est de nouveau en détention depuis décembre 2016. Il lui est notamment reproché d’avoir des liens avec cette confrérie, qualifiée désormais d’organisation terroriste par le gouvernement AKP. Cela dépasse évidemment l’entendement. Nous espérons que tous les journalistes emprisonnés retrouveront rapidement la liberté.
La liste est malheureusement longue,, je souhaiterai souligner l’importance de témoigner d’une solidarité sans faille et sur la durée avec tous ceux qui résistent à la répression en Turquie, les alévis, les kurdes, les journalistes, les universitaires et tous les enseignants, les politiciens, bref, tous les peuples et milieux progressistes de Turquie. Il est également important d’agir auprès du gouvernement français en sensibilisant l’opinion publique au sujet, parce que ces atteintes aux valeurs qui nous unies dans un pays membre du conseil de l’Europe et qui a 4 millions de ressortissants vivant dans des pays européens, ne pourrait être que dangereuse pour nos démocraties.

 °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

sommaire du numéro 3

  • Grève de la faim et emprisonnement de deux académiciens
  • Action Européenne – Appel à un boycott universitaire ciblé en Turquie de Boycott
  • Inauguration du square Yilmaz Guney dans le 10ème arrondissement
  • Délibération du Conseil National des barreaux
  • Soirée de soutien aux syndicalistes licencié.e.s en Turquie
  • N° Spéciale Turquie de la revue Mouvements Turquie autoritaire, Turquie contestataire
  • Arrestation du photographe français Mathias Depardon
  • 5 associations de défense des droits humains rencontrent l’ambassadeur de Turquie à Tunis

Le bulletin est mensuel; pour le recevoir adresser un courriel à  bulletin@dlturquie.org

 

Grève de la faim des académiciens et mouvement de solidarité

Nuriye Gülmen, chercheuse à l’Université de Selçuk, et  Semih Özakça, instituteur à l’école primaire Cumhuriyet de Mazdağ à Mardin qui  ont été licencié par le décret n° 675 du 29 octobre 2016 sont en grève de la faim depuis le 11 mars. Placé en garde à vue après avoir été arrêtée chez eux dans la nuit du 23 mai, des procureurs turcs ont requis mercredi jusqu’à 20 ans de prison à leur encontre… Il sont toujours en grève de la faim, dans leur cellules depuis 83 jour. Ils nous appellent : « Si vous voudrez faire quelque chose pour nous, élevez notre voix! Faites cesser les licenciements illégaux et arbitraires.  »

http://www.kedistan.net/2017/05/23/nuriye-semih-23-mai/

Action Européenne –  Appel à un boycott universitaire ciblé en Turquie de Boycott

Nous appelons donc toutes les institutions de l’enseignement supérieur, les agences de recherche, les associations universitaires et professionnelles et les universitaires en tant qu’individuels à boycotter le système d’enseignement supérieur turc. L’objectif du boycott universitaire est d’assurer que tous les licenciements soient révoqués et que la persécution des universitaires, exacerbée sous l’état d’urgence, prenne fin. Le boycott est ciblé contre les universités et institutions de l’enseignement supérieur complices, de la manière suivante :

  1. Déclarer un moratoire  sur TOUTES les futures collaborations avec le Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK) et le Conseil de la recherche scientifique et technologique de Turquie (TÜBİTAK).
  2. Déclarer un moratoire sur TOUTES les collaborations avec les présidents d’université, qui n’ont pas seulement violé la liberté académique et bafoué les normes internationales de l’enseignement supérieur, mais aussi agi comme des agents de renseignement dans leur université.
  3. Suspendre l’adhésion de tous les responsables du YÖK et de TÜBİTAK et de tous les présidents d’université (liste ) aux associations professionnelles et scientifiques.
  4. Déclarer un moratoire sur toutes les futures collaborations de recherche avec tous les universitaires des universités complices.
  5. Déclarer un moratoire sur la PARTICIPATION à tous les futurs colloques, ateliers et séminaires financés et/ou co-organisés ou hébergés par le YÖK ou TÜBİTAK, ou toute université complice en Turquie et ailleurs;
  6. Déclarer un moratoire sur la TENUE ou l’ORGANISATION de tous les futurs colloques, ateliers et séminaires dans toute université complice en Turquie

Ce boycott ciblé  exclut: (a) les arrangements/accords conçus pour faciliter et rendre possible la mobilité étudiante: (b) les candidatures d’universitaires de Turquie à des postes de professeurs ou chercheurs invités, ou des engagements similaires, avec des universités hors de Turquie.

Pour plus d’informations :
https://academicboycottofturkey.wordpress.com/
Pour signer cette pétition :
https://www.change.org/p/call-for-targeted-academic-boycott-of-turkey?recruiter=728843879&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=share_email_responsive

Inauguration du square Yilmaz Guney dans le 10ème arrondissement

Le vendredi 30 juin à partir de 12h avec des activités culturelles, le square sera inauguré suite à la décision du Conseil de Paris de baptiser un square du dixième arrondissement du nom du réalisateur.

http://www.leparisien.fr/festival-de-cannes/yol-une-palme-d-or-realisée-en-prison-20-05-2017-6966336.php

Déclaration conjointe des syndicats turcs et de la CSI-CES

Cette déclaration a été adoptée à la suite de la deuxième mission conjointe CSI-CES (confédération syndicale internationale- confédération européenne syndicale) en Turquie, les 3-5 mai 2017

http://www.ituc-csi.org/declaration-conjointe-csi-ces-turk

 

 Délibération du Conseil National des barreaux sur la situation des avocats en Turquie

Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale du 12 mai 2017. Le Conseil national des barreaux, représentant la profession d’avocat, réuni en assemblée générale,
RAPPELLE son attachement aux droits de la défense, piliers de la Démocratie et de l’Etat de droit, et déplore les poursuites pénales engagées contre de nombreux avocats en Turquie en vue de les empêcher d’exercer librement leur profession ;
A PU SE CONVAINCRE, à l’occasion des missions d’observation auxquelles il a participé aux côtés d’avocats de différents pays européens, des violations flagrantes aux droits fondamentaux de la défense perpétrées à l’initiative du Gouvernement turc ;
INQUIÈTE des informations qu’il reçoit de nombreux réseaux et organisations qui font état de près de 1 000 avocats turcs poursuivis du chef d’accusation de terrorisme ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat et de près de 400 avocats placés en détention depuis la tentative de coup d’Etat de l’été 2016 ;
DÉNONCE les mesures qui sont prises dans le but manifeste de rendre toujours plus difficile l’exercice des droits de la défense des avocats poursuivis, telles que la délocalisation des procès ou le mépris manifesté par les juridictions saisies à l’égard de leurs conseils ;
S’INSURGE des violations des principes garantis par la Convention européenne des droits de l’Homme et notamment des délais exorbitants de détention provisoire ;
DEMANDE aux autorités turques de mettre un terme à ces violations répétées, de cesser les poursuites engagées contre les avocats dans le seul but de les priver de l’exercice de leur profession et de s’assurer de la libération immédiate de ceux qui ont été placés en détention.

http://cnb.avocat.fr/Motion-au-soutien-des-avocats-Turcs_a2994.html

Soirée de soutien aux syndicalistes licencié.e.s en Turquie

Organisée par les syndicats Solidaires et Solidaires étudiants le samedi 10 juin à partir de 19h30 au Clos Sauvage (12 rue du clos Benard à Aubervilliers)
Concerts : Musique kurde : FARQIN, RUSAN FILIZTEK Guitare chant et bal.
Repas / Buffet sur place
Tables d’info

https://solidaires.org/Soiree-de-soutien-aux-syndicalistes-licencie-es-en-Turquie

N° Spéciale Turquie  de la revue Mouvements

La soirée de lancement du numéro de Mouvements consacré à la Turquie  Turquie autoritaire, Turquie contestataire aura lieu le 15 juin de 18h30 à 21h00 dans le local de L’ACORT (2 bis, rue Bouchardon, 75010 Paris, métro: Strasbourg/Saint-Denis ou Château d’eau.)

Intervenant-e-s :
Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS, auteur de Histoire de la Turquie de l’Empire à nos jours (Paris, Tallandier, 2013), Histoire de la Turquie contemporaine (Paris, La Découverte, 2016) et Révolution et état de violence. Moyen-Orient 2011-2015 (Paris, CNRS Editions).
Selim Eskiizmirliler, Coordinateur du CCFR-CISUP (Comité de Coordination en France – Comité International de Solidarité avec les Universitaires pour la Paix)
Ahmet İnsel, Anien professeur a l’Université Galatasaray, coordinateur des éditions Iletişim, chroniqueur au quotidien Cumhuriyet, auteur de La nouvelle Turquie d’Erdoğan, (Paris, La Découverte, 2015).
Gokce Tuncel, doctorante au sein du CESPRA (Centre d’Etudes Sociologiques et Politiques Raymond Aron) à l’EHESS.
Modératrice : Sezin Topçu, chargée de recherche au CNRS, laboratoire CEMS (Centre d’études des mouvements sociaux)

https://www.facebook.com/events/647553718786477/

Arrestation du photographe français Mathias Depardon

La semaine dernière, le président français s’est entretenu du cas de Mathias Depardon, emprisonné depuis le 8 mai en Turquie, avec Recep Tayyip Erdogan en marge du sommet de l’Otan à Bruxelles. Le président turc a promis d’examiner «rapidement la situation» du photojournaliste, selon la présidence française. Dans leur lettre, ses avocats demandent à Emmanuel Macron de faire preuve de fermeté pour obtenir du pouvoir turc «qu’il fasse cesser cette situation arbitraire». L’un des défenseurs français du photographe, Me Martin Pradel, voit dans cette affaire un véritable bras de fer engagé par Ankara avec le nouveau président français.

Basé en Turquie depuis cinq ans, Mathias Depardon a été arrêté le 8 mai au cours d’un reportage dans le sud-est du pays pour le magazine National Geographic. Malgré un ordre d’expulsion prononcé le 11 mai, il est toujours confiné dans un centre de rétention à Gaziantep, non loin de la frontière syrienne. RSF a appris de son avocate, Emine Şeker, que le journaliste était en grève de la faim depuis le 21 mai.

https://rsf.org/fr/actualites/rsf-extremement-inquiete-pour-mathias-depardon-en-greve-de-la-faim-depuis-pres-dune-semaine

http://www.rfi.fr/europe/20170531-turquie-avocats-photographe-incarcere-mathias-depardon-mobilisent?ref=fb

Journalistes turcs emprisonnés : RSF lance une opération de soutien en collaboration avec l’artiste C215 à Paris et à Strasbourg

https://rsf.org/fr/campagnes/journalistes-turcs-emprisonnes-rsf-lance-une-operation-de-soutien-en-collaboration-avec-lartiste

RSF et 21 médias et organisations demandent la libération immédiate de Mathias Depardon

https://rsf.org/fr/actualites/rsf-et-21-medias-et-organisations-demandent-la-liberation-immediate-de-mathias-depardon

Cinq associations tunisiennes de défense des droits humains rencontrent l’ambassadeur de Turquie à Tunis

Une délégation composée de représentants de cinq associations tunisiennes des droits humains, a fait part le vendredi 26 mai courant pendant une rencontre avec l’ambassadeur de Turquie en Tunisie, Omer Faruk Dogan de sa profonde préoccupation au sujet des violations continuelles de la liberté d’opinion, d’expression de presse et de la liberté académique et des atteintes à ces droits ciblant les activistes et les opposants depuis la tentative avortée de coup d’état en juillet 2016.

voir la déclaration sur le site

http://www.dlturquie.org/2017/06/06/cinq-associations-tunisiennes-de-defense-des-droits-humains-rencontrent-lambassadeur-de-turquie-a-tunis/

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Pour en savoir plus

 

Bulletin Information DL Turquie N° 3 Mai-Juin 2017


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *